Comment faire de la photo macro extrême avec un soufflet macro
La macrophotographie désigne techniquement la capacité à photographier à des grossissements égaux ou supérieurs à la taille réelle (ratio 1:1). Si la projection du sujet sur le capteur fait la même taille que le sujet lui-même, c'est du 1:1.
Beaucoup d'objectifs portent la mention « macro », mais un vrai objectif macro doit atteindre au moins 1:1. Ces optiques spécialisées permettent une mise au point plus proche et offrent une excellente qualité, mais sont coûteuses.

Il existe des alternatives moins chères : bagues inverses, tubes d'extension, lentilles rapprochées. Mon préféré reste le soufflet macro. Voici comment l'utiliser pour de superbes macros extrêmes, simplement.
Le matériel
Je possède un rare soufflet macro à décentrement Spiratone Kenlock (années 80, vendu par Hama). C'est probablement le plus complet, conçu à l'origine pour reflex 35 mm. On dirait un banc optique monorail miniature adaptable sur reflex.

Malgré son âge, il reste parfaitement utilisable sur boîtiers numériques modernes. Il a des bagues amovibles pour différentes montures. Ici, j'utilise un objectif Tessar Carl Zeiss Jena DDR 50mm f/2.8 en monture M42 sur un Canon 5D Mark III plein format.
Comme cet équipement était prévu pour des boîtiers à face plate (sans poignée), j'intercale une bague d'extension Canon 25 mm entre le boîtier et le soufflet pour dégager la monture.
C'est un setup coûteux, mais on trouve des soufflets simples et abordables compatibles avec votre matériel actuel.
Le grossissement
Le rapport de grossissement est la relation entre la taille de la projection du sujet (net) sur le capteur et sa taille réelle.
Exemple : un insecte de 1 cm réel.
- Projection 1 cm → ratio 1:1
- Projection 2 cm → ratio 2:1
- Et ainsi de suite…
Ce grossissement s'obtient en allongeant le soufflet via deux molettes qui déplacent les éléments avant et arrière.

Soufflet rentré : grossissement plus faible.

Soufflet sorti : grossissement plus fort.
L'optique derrière est complexe. J'ai utilisé un calculateur en ligne pour mon combo objectif/soufflet :

Résultat : grossissement 3:1 au minimum, 5:1 au maximum d'extension.
La mise au point
On fait le point en déplaçant l'ensemble (objectif + soufflet + boîtier) sur un rail, vers ou loin du sujet.
Simple en théorie, très difficile en pratique à cette échelle : le moindre mouvement décale la netteté. Trépied solide et sujet immobile sont impératifs.
On vise généralement à pleine ouverture pour la visée, puis on ferme au diaphragme choisi pour la prise de vue.

Sur les systèmes modernes, l'ouverture/fermeture est automatique. Avec la plupart des soufflets, pas de contacts électroniques : c'est manuel. Ce simple geste peut décaler le plan de netteté, rendant le contrôle délicat.
La profondeur de champ
C'est le paramètre le plus difficile en macro. La profondeur de champ est minuscule à ces grossissements, même à l'ouverture la plus fermée.
Un soufflet à décentrement (tilt-shift) comme le mien aide à gérer le plan focal. Beaucoup de macro-photographes utilisent le « focus stacking » : fusion numérique de plusieurs images décalées en mise au point pour étendre la zone nette.
Passons à la prise de vue
Je photographie une mouche morte trouvée près de ma fenêtre. Sujet immobile = cas d'école idéal.
Pour un contrôle total, j'utilise une liaison tethering : boîtier relié à l'ordinateur, piloté par le logiciel natif. Ainsi, je ne touche pas l'appareil pour déclencher.
Éclairage : deux cobras pilotés par un émetteur sur le sabot, avec contrôle de puissance via logiciel.

Objectif : créer du modelé lumière/ombre sur la mouche et la détacher du fond noir. Résultat :

Éclairer un si petit sujet est ardu : le moindre changement change tout. Exemple avec un éclairage plus doux (un seul cobra + réflecteur) :

C'est fascinant de voir une mouche à ce grossissement, avec tous ses détails. Une expérience un peu glauque, il faut l'avouer.
C'était avec le soufflet rentré. Passons au grossissement max : soufflet tout sorti, focus sur la tête, éclairage panneau LED + petit réflecteur.

Résultat :

Macro extrême atteinte, détails fantastiques.
Conclusion
Incroyable qu'un vieux objectif et un soufflet produisent une telle qualité.
Essayez cette technique, vous vous amuserez et ferez de belles images ! Partagez vos macros au soufflet en commentaire.
