Photographie de rue au téléobjectif : avantages et inconvénients
La plupart des photographes de rue accomplis travaillent avec un 50 mm ou un 35 mm (y compris Henri Cartier-Bresson, qui a fait du 50 mm sa signature) – mais qu'en est-il d'un 85 mm ? D'un 135 mm ? D'un 200 mm ? En d'autres termes, que vaut l'utilisation d'un téléobjectif pour la photographie de rue ?
La photo de rue au téléobjectif n'est pas courante, mais elle n'est pas mauvaise pour autant. Dans certains cas et pour certains photographes, c'est même une excellente idée. Dans cet article, j'explore les avantages et les inconvénients de la prise de vue en rue avec un téléobjectif ; ainsi, la prochaine fois que vous voudrez capturer des scènes urbaines avec votre 70-200 mm, vous saurez si c'est un bon choix.
C'est parti !
4 raisons de faire de la photo de rue au téléobjectif
Voici mes 4 principales raisons d'utiliser un téléobjectif en photographie de rue, en commençant par :
1. Photographier sans être remarqué
En déambulant dans les rues de Cadix pendant le Carnaval, j'ai aperçu deux adolescents qui marchaient quelques mètres devant moi. Tous deux avaient des reflex équipés de longs objectifs. L'un d'eux adoptait un comportement intrigué : de temps en temps, il passait un carrefour, braquait son objectif au coin de la rue et, tel un détective privé filant un suspect, prenait une photo.
Cela paraissait un peu furtif, mais je ne lui en veux pas ; photographier des gens dans la rue est difficile, et quand on est timide, cela peut sembler tout simplement impossible.
C'est pourquoi de nombreux photographes de rue envisagent d'utiliser des téléobjectifs. Avec un téléobjectif, on peut photographier à distance significative, sans (généralement) avoir à s'immiscer dans l'espace du sujet ou à risquer de le mettre en colère.
On reste invisible, le sujet ne nous remarque presque jamais, et on évite l'inconfort lié à l'attention non désirée.
Par conséquent, si vous hésitez à vous approcher de votre sujet, commencer avec un téléobjectif peut avoir du sens. Je ne vous recommande pas de photographier comme le garçon de mon histoire – shooter au coin des rues est un peu excessif ! – mais vous pouvez monter un téléobjectif sur votre boîtier, reculer de quelques pas et travailler depuis loin.
2. Les téléobjectifs offrent une perspective compressée
Les téléobjectifs vous obligent à vous tenir plus loin de vos sujets, ce qui modifie la perspective et crée de la compression.
La compression fait paraître les sujets plus rapprochés les uns des autres, et elle améliore également la qualité du flou d'arrière-plan.
Ce rendu compressé n'est pas toujours idéal, mais il peut être artistique et constitue un excellent moyen d'apporter de la variété à une série de photos. Cette image présente un effet de compression (remarquez comme les différents éléments semblent rapprochés) :
La compression peut aussi être utile si vous photographiez des personnes depuis un point de vue bas (par exemple, si vous êtes au sol et que vous visez vers un balcon). Plus vous vous éloignez du sujet avec votre téléobjectif, moins la distorsion de perspective est visible, et plus vous semblez être au même niveau que votre sujet.
3. Photographier des sujets éloignés
Parfois, les rues sont bondées et les foules sur les trottoirs sont denses.
Dans ces situations, vous pouvez repérer des images que vous voulez capturer, mais vous serez incapable de faire un bon cliché avec un 35 mm ou même un 50 mm. Par exemple, vous pourriez tomber sur un artiste de rue entouré d'un groupe de personnes ou un jogger encerclé de taxis.
Dans de tels cas, un téléobjectif peut être le seul moyen d'obtenir une bonne photo. En travaillant à 85 mm ou 135 mm, vous pouvez zoomer et capturer un plan serré de votre sujet – alors qu'à 50 mm, vous seriez coincé avec des dizaines de piétons ou de voitures parasites dans le cadre.
4. Capturer tous les petits détails
Les téléobjectifs sont excellents pour photographier les détails : les rides sur un visage, la couleur vive d'une paire de chaussures, les petites interactions entre un parent et son enfant.
Pour photographier de tels détails avec un 50 mm, il faut s'approcher très près du sujet. Cela n'est souvent pas réalisable, et même quand c'est le cas, vous risquez de mettre votre sujet très mal à l'aise.
Mais avec un 135 mm, vous pouvez rester en retrait, regarder dans votre viseur, et quand le moment est propice – bam ! – vous capturez le détail.
La photo suivante est un bon exemple de la capacité d'un téléobjectif à saisir les détails. J'étais dans un village appelé Tarabuco, qui tenait un marché tous les dimanches. Les habitants des villages de montagne environnants venaient s'y rendre, et certains se tenaient dans une pièce, absorbés par un écran de télévision.
J'ai remarqué la sandale d'un homme ; elle était usée, patinée par le temps, et belle. Avec un 35 mm ou un 50 mm, j'aurais dû m'agenouiller pour faire le cliché, attirant l'attention.
Mais grâce à mon téléobjectif, j'ai pu saisir le pied de l'homme sans être remarqué !
5 raisons d'éviter un téléobjectif pour la photo de rue
Vous connaissez maintenant les atouts de la photo de rue au téléobjectif – mais les téléobjectifs ne brillent pas toujours dans la rue. Voici pourquoi :
1. Les téléobjectifs sont gros et lourds
Mettez un téléobjectif et un 50 mm côte à côte, et vous verrez immédiatement la différence : le téléobjectif sera imposant, tandis que le 50 mm (surtout un 50 mm f/1.8) sera minuscule. Bien sûr, la différence de taille dépend de la focale télé, de l'ouverture maximale et d'autres facteurs, mais en général, plus l'objectif est long, plus l'ensemble est volumineux.
Cela signifie que les téléobjectifs sont beaucoup plus difficiles à ranger, à porter autour du cou et à protéger lors d'une journée de sortie.
Les téléobjectifs sont aussi bien plus lourds que les focales fixes courtes. Cela peut ne pas sembler un gros problème au départ, mais croyez-moi : après quelques heures à trimballer un 135 mm, vos bras seront fatigués.
De plus, un objectif petit et léger peut être étonnamment libérateur. Vous pourrez vous faufiler avec votre appareil, prendre des clichés sous tous les angles, sans avoir l'impression de porter une brique.
2. Il faut une vitesse d'obturation plus rapide
Plus la focale est longue, plus la vitesse d'obturation doit être rapide pour garder les images nettes.
Pourquoi ? Les longues focales agrandissent l'image, ce qui agrandit aussi le flou de bougé.
Pour calculer la vitesse minimale à main levée pour un objectif donné, il suffit de prendre l'inverse de la focale. En d'autres termes, mettez « 1 » sur la longueur : 200 mm devient 1/200, 24 mm devient 1/24, etc.
Selon cette règle, alors qu'on peut shooter à 1/60 s avec un 50 mm et obtenir une image nette, un 135 mm nécessite 1/160 s, et un 200 mm exige 1/200 s.
En bonne lumière, travailler à 1/200 s ne pose pas de problème. Mais dès que la lumière baisse, ou qu'on rentre à l'intérieur ou à l'ombre, on sera obligé de monter les ISO ou d'ouvrir le diaphragme pour obtenir une exposition correcte, ce qui n'est généralement pas souhaitable.
En résumé : travailler avec un téléobjectif implique certains sacrifices d'exposition, surtout en lumière faible.
3. Les téléobjectifs offrent des ouvertures maximales plus étroites
Regardez les focales fixes 35 mm et 50 mm, et vous verrez un mélange d'ouvertures maximales f/1.8, f/1.4, voire f/1.2.
Plus on s'aventure en territoire téléobjectif, plus les ouvertures maximales se referment. On trouve bien des 85 mm à grande ouverture, mais les 70-200 mm ne descendent jamais en dessous de f/2.8. Et les zooms téléobjectifs bon marché se limitent souvent à f/4 ou f/5.6 (selon la position du zoom).
Maintenant, on n'a pas besoin d'une ouverture ultra-large pour la photo de rue. Mais cela peut être utile ; si on peut ouvrir à f/1.8, par exemple, on peut créer de beaux effets de bokeh. On peut aussi photographier de nuit et en intérieur sans devoir pousser les ISO beaucoup trop haut.
4. Difficile de se fondre dans la masse avec un téléobjectif
La photographie de rue, c'est rester invisible. C'est travailler vite et discrètement avant de disparaître dans la foule.
Avec une focale fixe courte, se fondre est gérable. Votre équipement n'attire pas l'attention ; la plupart des gens ne remarqueront même pas que vous avez un appareil photo.
Mais avec un téléobjectif…
Les gens vous repéreront à des kilomètres. Certes, votre sujet ne remarquera peut-être pas un long objectif pointé dans sa direction depuis l'autre côté de la rue.
Mais les autres personnes – celles qui marchent près de vous – le verront, et elles pourront se sentir mal à l'aise. Elles pourront aussi vous demander ce que vous faites, ce qui peut attirer encore plus d'attention, voire de l'hostilité.
5. Les images de rue au téléobjectif sont moins intimes
Si vous utilisez un objectif court pour photographier dans la rue, vous vous sentirez proche de votre sujet. Vous aurez l'impression de faire partie de la scène, ce qui peut donner des images hautement intimes et immersives.
Mais en photographiant avec un long objectif, vous serez obligé de reculer. Soudain, vous ne ferez plus partie de la scène ; vous observerez l'action se dérouler à distance. Cela peut créer une forme de détachement, où le spectateur sent l'espace entre vous et votre sujet.
Notez que ce manque d'intimité n'est pas nécessairement mauvais – on peut l'utiliser pour créer des effets intéressants – mais c'est peu orthodoxe, et cela vous empêchera de capturer un certain type d'image.
Photo de rue au téléobjectif : mot de la fin
Voilà :
Les avantages et les inconvénients de la photo de rue au téléobjectif.
Comme vous le voyez maintenant, travailler avec un téléobjectif dans la rue offre de nombreux avantages, mais comporte aussi de sérieux inconvénients. Que cela vaille la peine de sortir avec une focale plus longue dépend finalement de vous !
Qu'en pensez-vous de l'approche téléobjectif en photo de rue ? Allez-vous l'essayer ? Ou préférez-vous les focales courtes ? Partagez vos avis dans les commentaires ci-dessous !
