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Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Dans sa dernière chronique pour AP, le photographe naturaliste Marsel van Oosten révèle comment affronter ses peurs et quitter sa zone de confort l'a mené au succès.

J'entends souvent dire que j'ai un style très reconnaissable. Quand on me demande en quoi il consiste, on utilise des mots comme « simple », « épuré », « graphique », « dépouillé », voire « stérile ». Je suis d'accord avec tous ces termes car ils décrivent parfaitement la forme artistique que je cherche à créer dans mon travail.

En tant que photographe, vous devez non seulement décider quoi photographier, mais aussi comment le photographier. Chaque photographe a sa façon préférée de shooter – celle qui donne les meilleurs et plus satisfaisants résultats. Pour moi, cela signifie des images simples, épurées, graphiques et dépouillées. En conséquence, je suis naturellement attiré par les sujets aux formes graphiques fortes, dans des habitats avec un minimum de distractions et d'encombrement visuel. C'est pourquoi je préfère photographier les déserts plutôt que les prairies, et les arbres morts plutôt que les vivants. Je ne l'ai pas toujours su.

Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Singes dorés du Rhinopithèque, monts Qinling, Shaanxi, Chine. Nikon D810, AF-S 24-70mm f/2.8, 1/125 s à f/11, ISO 3200

Si vous avez un style particulier, c'est généralement le résultat de certaines préférences artistiques. Une fois très à l'aise avec ce style, vous devenez extrêmement efficace, presque en pilote automatique. Tout est facile car vous êtes dans un environnement qui correspond à votre style photographique, vous savez immédiatement quoi faire. Vous travaillez vite et efficacement, devenez très productif. Alors que si vous vous retrouvez soudain dans un environnement peu familier, voire que vous n'aimez pas, c'est une tout autre histoire.

Abandonner la zone de confort

Il y a de nombreuses années, ma femme Daniella et moi sommes allés au Costa Rica. Nous aimons tous deux la nature sauvage et une forêt tropicale est aussi sauvage que possible. Je venais de débuter en photo et j'étais excité de photographier la faune. Mais, autant j'ai apprécié l'expérience, autant je n'ai pas été inspiré pour prendre des photos. J'ai vérifié mon catalogue Lightroom pour voir combien d'images j'avais faites sur ce voyage : dix. Ce fut un moment charnière dans mon développement de photographe, car cela m'a forcé à comprendre pourquoi je n'étais pas inspiré. Conclusion : trop d'encombrement visuel.

Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Autoportrait dans le Shaanxi, Chine, à l'endroit exact où Marsel van Oosten a shooté l'image primée « The Golden Couple »

Pendant les dix années suivantes, je suis resté loin des forêts. Plus le paysage était « propre », plus j'étais inspiré et heureux. Mais au bout d'un moment, cette décision a commencé à me tracasser. De temps en temps, je voyais de belles images prises par d'autres photographes dans des forêts denses et je réalisais que je fuyais un défi. Des années plus tard, j'ai vu une très mauvaise photo de rhinopithèques dorés, dans une brochure, quelque part en Chine.

C'étaient les singes aux allures les plus fascinantes que j'aie jamais vus, et quand j'ai appris qu'ils étaient en danger, j'ai su que je devais les photographier. Les lichens sont la base de leur alimentation, et les arbres morts ont la plus grande couverture de lichens. Malheureusement, ceux-ci sont exploités par l'industrie du bois. Les singes sont aussi mangés par la population locale. Bref, le problème : ils vivent dans des forêts denses.

J'adore les forêts du point de vue naturaliste, mais photographiquement, une forêt n'est qu'encombrement. Pour la première fois de ma carrière, j'ai dû longuement réfléchir à comment affronter mes peurs et surmonter ma « phobie de l'encombrement ». Fini de compter sur l'intuition… il était temps de sortir radicalement de ma zone de confort.

Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Rhinopithèque doré avec bébé. Nikon D810, AF-S VR 70-200mm f/2.8, 1/250 s à f/5.6, ISO 160

Pour reprendre le contrôle sur l'immense encombrement des arrière-plans, j'ai décidé d'utiliser un polarisant pour limiter les reflets sur les feuilles, et du flash pour créer une séparation entre les sujets et la forêt derrière eux. Le flash m'a permis de contrôler l'éclairage ambiant et d'avoir suffisamment de lumière sur les singes tout en sous-exposant les arrière-plans grâce aux polarisants, réduisant les reflets.

Ce fut la recette de mon projet, et beaucoup d'images réalisées là-bas comptent parmi mes favorites. L'une d'elles m'a même valu le grand titre de Wildlife Photographer of the Year. Si j'avais décidé de m'en tenir à mes routines habituelles, et de continuer confortablement en pilote automatique, cela ne serait jamais arrivé. Si ça ne vous challenge pas, ça ne vous change pas.

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Marsel van Oosten au travail en Chine

Propos recueillis par Steve Fairclough

Image de une : « The Golden Couple », grand gagnant du Wildlife Photographer of the Year 2018. Nikon D810, AF-S 24-70mm f/2.8, 1/320 s à f/8, ISO 1600

Marsel van Oosten

Sortir de sa zone de confort pour de meilleures images

Marsel van Oosten est né aux Pays-Bas et a travaillé comme directeur artistique pendant 15 ans. Il a changé de carrière pour devenir photographe et a depuis remporté les titres de Wildlife Photographer of the Year et Travel Photographer of the Year. Il contribue régulièrement à National Geographic et organise des voyages photo nature dans le monde. Visitez www.squiver.com

Pour aller plus loin

Que vous soyez novice en photo animalière et nature ou cherchiez à améliorer vos compétences, nous avons plein de conseils et techniques pour vous aider. Jetez un œil ici.

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