Mon unique objectif préféré : le Canon EF 50mm f/1.2 L USM
Je gère mon activité photo avec un budget serré. Ça a commencé par nécessité, mais a continué parce qu'il est vite devenu clair que je préférais investir mes gains photo en t-shirts noirs, déco maison, lattés à 5 $, et factures. Surtout les factures, mais faisons pas semblant que les autres plaisirs ne comptent pas.

J'ai démarré mon activité portrait avec un Canon Rebel, objectif kit, et une prière. Business aidant, j'ai investi dans un 30D, puis un 5D. Un remboursement d'impôts particulièrement généreux, et un peu de générosité de ma mère pour mon anniversaire, m'ont fait propriétaire d'un Canon 50mm série L. Je ne savais même pas ce que « L » voulait dire (honnêtement, je ne sais toujours pas), je savais juste que tous les blogs photo de l'époque l'appelaient LE Graal. L'Objectif. L'Objectif Portrait. Un pro aguerri m'avait dit : « Mets le maximum dans du bon verre, y'a rien de mieux que celui-là. »
Il faut dire que j'étais à un stade, photo et confiance, où j'écoutais n'importe qui faisant semblant de savoir. Si elle m'avait dit que mes photos seraient meilleures avec une grenouille dans la poche, j'en aurais mis deux, et un lézard dans la chaussure pour être sûr.

Je vais vous dire un secret. Je vais répondre à la question qu'on me pose TOUJOURS quand je sors mon gros objectif clinquant sur mon boîtier (qui, pour être clair, est le Canon 5D d'il y a 4 générations) : « Est-ce que cet objectif de ouf fait de meilleures photos ? » Accrochez-vous : OUI. Oui, il le fait. Tellement que je ne possède PAS D'AUTRE OBJECTIF.
J'ai eu un 24 mm fixe quelques années, mais il ne servait qu'à prendre la place dans mon sac. Place que je préfère réserver à la gomme et l'anti-moustiques. Je l'ai revendu pour augmenter mon budget café et pantalons de yoga noirs. Les zooms n'ont jamais été mon truc, ça réduit drastiquement les choix, et 50 mm me semble LA bonne focale pour moi : assez près de mes sujets sans leur respirer dans le visage, même si mon haleine est mentholée grâce à mes achats de gomme en gros.

Peut-on vivre sans un objectif qui coûte 3x ma première voiture ? Bien sûr. Mais je vous dis un truc : on peut vivre sans un sac plein d'objectifs tout aussi facilement. Un boîtier et objectif de secours, c'est bien – certains disent essentiel (surtout pour les mariages), et selon votre type de photo, vous aurez peut-être besoin de plusieurs focales. Mais je suis là pour dire que j'ai géré une activité portrait et mariage TRÈS prospère avec mon UNIQUE objectif, certes hyper luxe, et je m'en sors très bien, merci. Je compte sur les doigts d'une main les fois où j'ai eu besoin d'un autre objectif, et à chaque fois, emprunter ou louer était facile et bien plus rentable.

Je CONNAIS mon 50. Je l'ai même nommé, si on est honnêtes (il s'appelle Seth – ça va bien avec Nancy mon MacBook, et Monte mon iMac). À ce stade, c'est comme une extension de mon bras, ou de mon œil. Je sais ce que je verrai dans le viseur avant même d'avoir levé l'appareil au visage. Mes pieds sont mon zoom : je sais EXACTEMENT où me placer pour avoir le cadre voulu.
Les fixes sont rapides et piqués. Si ça veut dire marcher un peu plus, j'appelle ça mon exercice du jour (ok, de la semaine). Mon cœur de métier : photographier des enfants. Quoi qu'il arrive, je suis en mouvement. Je préfère le savoir d'avance, plutôt que de jouer avec un zoom et risquer en permanence un manque de piqué. Sans compter qu'en ne dépensant pas des fortunes en matos, je peux être bien caféinée avec du café cher pendant les shoots, et bosser à un bureau superbe pendant l'édition.

L'autre avantage de tout miser sur UN excellent objectif ? Je réinvestis mon argent ailleurs dans mon business, au-delà du matos cher. Des trucs qui, je pense, portent plus loin qu'un sac plein de matériel. Site web audacieux, cartes de visite qui claquent. Mes clients reçoivent leurs images dans un packaging pro haut de gamme. J'ai un ShootSac et j'achète des sucettes en gros. Je porte les lentilles de contact les plus chères du marché, et vous devriez voir ma collection d'élastiques à cheveux.
Je ne peux me permettre ces trucs QUE parce que je ne suis pas jusqu'aux yeux (porteurs de lentilles chères) dans la dette du matos luxe. Du coup, mes tarifs ne sont pas stratosphériques, ma clientèle n'est pas ultra-sélecte. Mes charges inférieures à la moyenne me permettent de continuer à photographier les familles qui m'ont soutenue au début. Familles qui sinon ne pourraient pas s'offrir mes services si je supportais des coûts extraordinaires.

Ma mère m'a appris à acheter de la qualité : économiser pour un bon jean, pas le moins cher qui va. Leçon pas restée, à l'instant je suis habillée de la tête aux pieds chez Target. Mais ici, c'est vrai : achetez le plus bel objectif que vous pouvez, et FAITES-LE TRAVAILLER pour vous. C'est votre pinceau, votre tour de potier, vos couteaux (les grands chefs apportent les leurs partout) ; faites-en le meilleur possible et le SEUL dont vous ayez besoin.

Avez-vous investi dans des objectifs « verre » de top qualité ? Quel est votre objectif de prédilection et pourquoi ?
